L’histoire

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Le boucher et sa fille

Mon père est arrivé du Portugal, l’œillet à la chemise et dans son cœur un projet de vie pour se sentir responsable de ceux qui vont suivre.

Mon père est boucher. Lui, cela fait bien longtemps qu’il a trouvé le verbe de sa vie. Un métier-revanche sur cette étiquette d’imigrante. Un métier qui lui permet d’habiter le temps au lieu de courir après des épisodes de jeunesse avortée.  Un métier qui rectifie comme il le peut les incohérences des temps modernes en mettant les offrandes de la terre entre nos mains et les dons du ciel entre nos dents.

Aux côtés de mon père, j’ai appris à devenir plus heureuse et moins cramponnée à des objets inutiles. « C’est facile dès lors que tu acceptes ce que l’on te prête pour une vie ». C’est lui aussi qui m’a soufflé que tout n’est que mouvements et surprises, obstacles et réactions créatives.

A le regarder, j’ai troqué  l’habit de directrice contre un tablier fait de lin dru et de sueur. Sans l’imaginer vraiment je me rapprochai des mes sœurs de sang, au teint halé et aux baisers salés. Ces filles portugaises attachées à leur terre et à leurs pairs, à la mer et à la Vierge. J’ai osé déjouer le « tout traçé » et revenir vers elles, mes origines. Là où poussent les racines et la vigne.

J’ai déposé mes outils de travail et mes premiers cartons dans un coin de la boutique à papa pour ouvrir l’épicerie de mes rêves d’enfant. J’y ai rassemblé des étals aux couleurs de mon cœur  et  de cette lumière du Sud qui me fait tant vibrer. Chez la fille du boucher est né(e) et le métier d’épicière j’ai commencé, avec vous, à appréhender.